Dans une ruche, rien n’est laissé au hasard. Chaque comportement observé répond à une fonction précise, souvent invisible au premier regard. La trophallaxie fait partie de ces mécanismes essentiels, discrets mais structurants, qui assurent la cohésion et le fonctionnement de la colonie.
Définition simple de la trophallaxie
La trophallaxie désigne l’échange de nourriture liquide entre abeilles, principalement de bouche à bouche. Ce phénomène concerne le nectar fraîchement récolté, mais aussi des sécrétions riches en enzymes produites par les ouvrières.
Il ne s’agit pas d’un simple transfert alimentaire. Cet échange permet une répartition homogène des ressources au sein de la colonie.
Un outil de distribution alimentaire interne
Toutes les abeilles n’ont pas accès direct aux sources de nectar. Les butineuses collectent la ressource à l’extérieur, puis la redistribuent aux abeilles restées dans la ruche par trophallaxie.
Ce système garantit que :
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les nourrices disposent de nourriture pour l’élevage du couvain,
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les abeilles cirières puissent produire de la cire,
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la colonie maintienne un niveau énergétique stable.
La trophallaxie agit donc comme un réseau de distribution interne, ajusté en permanence selon les besoins.
Rôle dans la transformation du nectar
Lors des échanges successifs, le nectar est enrichi en enzymes produites par les abeilles. Ces enzymes participent à la transformation progressive du nectar en miel.
La trophallaxie intervient ainsi dans les premières étapes de cette transformation, avant le stockage dans les alvéoles et le processus de déshydratation.
Un indicateur de l’activité de la colonie
L’intensité des échanges trophallactiques varie selon la saison et la disponibilité des ressources. Au printemps et en période de miellée, ces échanges sont fréquents et soutenus. À l’inverse, ils se réduisent lors des périodes de disette ou de ralentissement de l’activité.
Pour un apiculteur, observer ces échanges permet de mieux comprendre l’état général de la colonie, sans intervention directe.
Un lien avec la cohésion de la ruche
La trophallaxie participe également à l’uniformisation des odeurs au sein de la colonie. En partageant la nourriture, les abeilles partagent aussi des substances chimiques qui contribuent à la reconnaissance mutuelle.
Ce mécanisme renforce l’identité collective de la ruche et limite les comportements de rejet entre individus.
Observer sans intervenir
La trophallaxie est un phénomène permanent, mais rarement spectaculaire. Elle se déroule à l’intérieur de la ruche, souvent hors du champ de vision direct.
Sa compréhension repose davantage sur l’observation globale du comportement de la colonie que sur l’intervention. Une ruche active, équilibrée et cohérente présente généralement des échanges trophallactiques réguliers.
Un mécanisme discret mais fondamental
La trophallaxie ne se résume pas à un échange de nourriture. Elle structure l’organisation alimentaire, participe à la transformation du nectar, soutient la cohésion sociale et reflète l’état général de la colonie.
Comprendre ce mécanisme permet d’appréhender la ruche non comme une addition d’individus, mais comme un ensemble fonctionnel, capable de s’adapter en permanence à son environnement.

Ce phénomène a lieu aussi chez les fourmis.
Article rédigé par Sébastien Goiset, apiculteur – Peau de Miel.

